Cultiver les savoirs, ouvrir les possibles

Les livres peuvent-ils changer le monde ? Que peut une reliure ? Que peuvent les éditeurs, les éditrices ? Publier. Rendre publics un texte, une voix, une idée, tel est le travail que fait sans relâche Écosociété depuis 25 ans. Pour changer le monde, oui, et en travaillant autour de deux pôles intimement liés : cultiver les avoirs, ouvrir les possibles.

Fondée en 1992 par un groupe de militant.e.s convaincu.e.s qu’il était grand temps de rejoindre les gens pour défendre une société où l’écologie sociale serait une valeur cardinale, cette maison d’édition indépendante a fait le pari de la circulation des idées. Écosociété est une œuvre collective, traversée par des énergies diverses, des tempêtes et des envolées, des têtes fortes infatigables. 

Lire, réfléchir et agir sont les trois verbes qui animent Écosociété depuis ses débuts. L’Institut pour une Écosociété, l’organisme à but non lucratif qui en est propriétaire, était clair sur ses objectifs dès sa fondation : 

L’Institut veut susciter un vaste débat public sur les grands problèmes de l’heure et sur les conditions d’émergence d’un nouvel humanisme et d’une société plus conviviale, plus démocratique et plus respectueuse des ressources de la biosphère, le but étant de favoriser l’avènement d’un nouveau modèle économique, politique, social et culturel.

L’Institut se veut partie prenante des grands courants sociaux qui combattent le productivisme, la surconsommation, les pouvoirs hiérarchiques et de domination.

Une incursion dans les centaines d’essais parus depuis la fondation de la maison permet de mesurer l’ampleur du projet politique porté par l’équipe éditoriale. Les titres parlent d’eux-mêmes : Pour un pays sans armée, Vivre autrement, Pour des villes à échelle humaine, Bien commun recherché, Comment exister encore ?, Après le capitalisme, La simplicité volontaire, L’Occident terroriste, Manuel de Transition, Notre empreinte écologique, etc. 

Écosociété a également dû braver des vents hostiles. La publication en 2008 de Noir Canada, d’Alain Deneault, William Sacher et Delphine Abadie, lui a valu les poursuites de deux importantes compagnies minières à hauteur de 11 millions de dollars et trois ans et demi de défense de la liberté d’expression. Portée par des milliers de citoyen.ne.s et d’organismes, la maison a toujours su défendre haut et fort la liberté de publication et le débat public.

Aujourd’hui, pour vous présenter ces essais incubateurs d’alternatives, leviers politiques, œuvres de dénonciation, nous avons décliné les grandes idées qui traversent la ligne éditoriale d’Écosociété, montrant ainsi la cohérence de notre travail.

En condamnant les dérives du capitalisme, en encourageant une transition axée sur l’écologisme, la justice sociale et l’engagement politique, nos auteur.e.s cultivent intensément et patiemment les savoirs. Ils et elles mettent le doigt où ça fait mal, bousculent les idées reçues, et ouvrent les possibles. Depuis 25 ans, la maison n’a cessé de travailler avec ses auteur.e.s pour développer et faire connaître leurs idées, de traduire des textes indisponibles en français, de remettre de l’avant des écrits tombés dans l’oubli. De nos livres sont nés des mouvements, des convictions, des actions politiques, des changements de vie. 

Les œuvres se répondent, se relient entre elles ; elles pensent le monde pour mieux le transformer. C’est bien l’ambition d’Écosociété : ayant toujours été à l’écoute des mouvements sociaux et à l’affût des alternatives à bâtir, nous voulons asseoir les changements sur des bases solides, et, comme l’exprime bien le slogan, cultiver les savoirs, ouvrir les possibles.

Quels sont ces savoirs, ces possibles ?

Savoir se donner des limites, car la Terre n’est pas un puits sans fond.

Savoir être au monde, car la croissance sans limites nous place devant un dilemme profond : décroître ou disparaître.

Retrouver nos savoir-faire pour construire demain, bâtir les alternatives en s’émancipant des énergies fossiles.

Savoir militer, parce que la politique est action, que les avancées sont faites de luttes et de révoltes, dans la rue et dans nos milieux de vie.

Savoir (dé)chiffrer ce capitalisme à visage inhumain, présenté comme seul horizon. Comprendre les paradis fiscaux, les ressorts du capital et la dépossession profonde de notre souveraineté populaire. Qui décide ? Où est le pouvoir ? Qui pèse sur l’histoire ? Nous ne pouvons combattre efficacement que ce que nous comprenons…

Savoir se nourrir, en reprenant le contrôle sur notre alimentation, en cultivant la nourriture localement et en cessant d’empoisonner nos corps et l’environnement.

Savoir bâtir des lieux de vie qui nous ressemblent, en nous réappropriant nos villes, nos territoires.

Savoir se guérir d’une société qui nous rend malades, quand le travail nous broie, physiquement et mentalement, quand l’industrie pharmaceutique transforme les événements de la vie et les réactions de chacun.e. en maladies lucratives…

Savoir résister aux impérialismes d’hier et d’aujourd’hui, là où les vainqueurs écrivent l’histoire et façonnent les territoires pour mieux servir leurs intérêts.

Savoir coopérer et retrouver le sens de ce mot dans les rapports Nord/Sud. « Qui a dit que nous avions besoin de vous ? », question désarmante aux fondements de la critique de la coopération internationale.

Savoir rêver, car il faut garder vives les utopies. Pour reprendre les mots de Bertrand Russell, nous ne devons pas aspirer à une utopie achevée mais à un monde travaillé par une imagination et des espérances bien vivantes. Le rêve est un moteur politique, sachons nous en servir.

Savoir vivre ensemble, car bâtir le commun implique la rencontre de l’autre, où se tissent les liens pour faire société.

Bienvenue dans les savoirs et les possibles d’Écosociété.

Aux auteur.e.s, aux libraires, aux gens qui ont travaillé ou travaillent à Écosociété, à ceux et celles qui collaborent quotidiennement à cette aventure collective, merci d’avoir ardemment cultivé ces savoirs essentiels à la suite du monde. À nous de continuer à les cultiver, à nous d’ouvrir les possibles, pour de nombreuses années encore. 

Savoir se donner des limites

La terre n'est pas un puits  sans fond - Sur une planète limitée, qui a atteint sa capacité maximale de porter les êtres humains, une société poussée surtout par l'individualisme égoïste a autant de potentiel de durabilité qu'un groupe de scorpions enragés enfermés dans une bouteille.

Savoir être

Décroître ou disparaître - Sans décroissance énergétique, aucune décroissance ne saurait être durable, et encore moins juste. Un mot d'ordre s'impose donc: décroissance énergétique ou barbarie.

Savoir faire

Construire demain - Passer de la pensée à l’action, c’est le défi collectif que pose le cul-de-sac écologique, économique et social où nous nous trouvons.

Savoir se nourrir

Reprendre le contrôle sur notre alimentation - S’il est un lieu où le potentiel d’engagement et de transformation est immense, c’est bien dans nos champs... jusque dans nos assiettes.

Savoir bâtir

À qui la ville ? - Les villes peuvent-elles changer le monde ?

Savoir militer

La politique est action - Pourquoi militer ? Militer, c’est reprendre contrôle de nos destins. C’est se réapproprier un monde tenu hors de contrôle par les riches et puissants de ce monde. C’est réclamer une fin aux injustices qui nous révoltent.

Savoir (dé)chiffrer

Quand le capital s'empare de la souveraineté politique - Qui décide ? Où est le pouvoir ? Qui compte ? Aujourd’hui, par le triomphe du capital et du pouvoir de l’argent, l’économie a supplanté le politique, si bien que nous avons perdu notre capacité à agir politiquement sur le cours des choses.

Savoir se guérir

Quand la société nous rend malades - Quel est l’impact de la société capitaliste sur notre santé, quand culte de la performance, inégalités et chômage riment avec épuisement professionnel, dépression, cancers…?

Savoir résister

Impérialismes d'hier et d'aujourd'hui - Les mêmes grands principes sont à l’œuvre dans les 500 ans de crimes impérialistes et dans la façon dont ces crimes entrent dans l’histoire

Savoir coopérer

Qui a dit que nous avions besoin de vous ? Le Blanc parle beaucoup, il propose des projets de développement et les organise avant même qu’on ne sache de quoi il s’agit. Mais le développement de quoi? De qui? Sinon de ce qu’il a lui-même inventé pour nous. [+]

Savoir vivre ensemble

Bâtir le commun - En construisant un mur d’ignorance entre nos peuples, nous avons fait naître une peur immense. Mais plus nous avons peur, moins nous nous connaissons, et cette peur croît comme un cancer. Nous devenons alors tellement préoccupés par la maladie que nous ne nous soucions plus que de nous-mêmes, et nous oublions la source du problème.

Savoir se souvenir

Les leçons du passé - La mémoire des luttes passées est le moteur des luttes actuelles. Mais cette mémoire est fragile et nous avons l’oubli facile. D’où la nécessité de se souvenir de ces combats, d’en rappeler les écueils, les échecs et les victoires, pour mener à bien ceux d’aujourd’hui.

Savoir prendre la parole

Mettre fin à la loi du plus fort - La démocratie jouit aujourd’hui d’une popularité sans précédent dans l’histoire, et pourtant elle n’a jamais été plus vague conceptuellement et plus substantiellement creuse. [+]

Savoir rêver

Garder vives les utopies - Nous ne devons pas aspirer à une utopie achevée mais à un monde travaillé par une imagination et des espérances bien vivantes.