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Revue de presse

« Les véhicules électriques ne seront jamais décarbonnées » - Laurent Castaignède

Laurent Ottavie | Élucid

 

 

« La technologie n’est pas la solution miracle aux enjeux écologiques. Laurent Castaignède, ingénieur centralien, auteur de La bougeotte, nouveau mal du siècle ? (Ecosociété, 2021) et dernièrement de Airvore ou le mythe des transports propres (Ecosociété, 2022), explique les impasses des mesures prises aujourd’hui par rapport aux transports motorisés et ouvre des perspectives résumées dans l’idée de "décroissance".

Laurent Ottavi (Élucid) : Dans votre ouvrage, vous remontez loin dans le temps pour expliquer notre situation actuelle. Diriez-vous que la première révolution industrielle est la mère de tous nos maux ?

Laurent Castaignède : Oui et non. Si on répondait uniquement par l'affirmative, on sous-entendrait souhaitable de retourner au XVIIIe siècle, c'est-à-dire en abandonnant la part de réel progrès technique et social que notre civilisation a enfanté. Quel dommage ! Certes, les transports étaient auparavant peu impactants en terme de pollution, même s'il existait des soucis lorsqu'ils étaient denses, souvenons-nous des embarras de Paris du temps de Boileau. Il y avait déjà localement des conflits d'usage des sols entre l'alimentation des Hommes et celle des mulets ou des chevaux destinés au transport de personnes ou de marchandises, par exemple dans Paris et sa première couronne : la ville de Paris comptait au XIXe siècle près de 100 000 équidés enregistrés !

En fait, ce sont surtout les excès de la prolifération des moyens de transports que la révolution industrielle a engendré qui sont le problème. Tout est une question de dosage. Et c'est bien l'analyse de l'histoire des transports de ces deux derniers siècles qui peut nous éclairer sur les raisons pour lesquelles cette révolution a dérapé et se trouve dans une ornière polluée à tous les étages.

Paul Valéry, qui constatait dans les années 1930 que la Terre était devenue une planète « finie », c'est-à-dire dont on avait alors largement fait le tour des territoires, indiquait : « l'Histoire donne à l'avenir les moyens d'être pensé » (1). Le déploiement de la révolution industrielle se doit en effet d'être parfaitement compris si l'on veut se donner une chance de proposer des solutions qui tiennent la route.

Élucid : Depuis la première révolution industrielle, les transports motorisés qui ont été créés ont-ils vraiment apporté de l’autonomie, des gains de temps, et une découverte du monde ?

Laurent Castaignède : En résumé, mon analyse de l'histoire des transports montre que, en gros, cela est vrai pour les plus aisés, d'évidence préférentiellement pour les populations occidentales, mais surtout à l'intérieur même de ces populations en fonction des catégories sociales. Dans le cas de l'automobile par exemple, les premiers bénéficiaires étaient des notables pour qui elle était une « voiture de tourisme » ou une « voiture de course » (à l'époque où ces dernières étaient capables de dépasser les 30 km/h, vitesse jugée alors potentiellement dangereuse).

Malgré l'état des routes et la piètre performance de ces véhicules, on conçoit aisément le sentiment de liberté qu'ils aient pu procurer à leurs propriétaires. Puis, dans l'entre-deux-guerres aux États-Unis ainsi que dans le reste de l'Occident à partir des années 1960, l'automobile est devenue un outil de plus en plus indispensable au quotidien, progressivement une contrainte matérielle, rapidement doublée d'un fardeau financier pour les ménages. Les soubresauts des prix des carburants ont alors régulièrement fait souffrir la population médiane, tandis que la frange la plus pauvre se trouvait désocialisée faute d'être suffisamment motorisée.

La promesse des gains de temps s'est heurtée à la masse et le bénéfice de la vitesse s'est mué en rallongement des distances parcourues : on passe aujourd'hui quotidiennement davantage de temps pour se rendre à son travail que ne le faisaient nos aïeuls, pourtant notoirement sous-équipés ! La compréhension de cet effet rebond des transports rapides et bon marché n'est pourtant pas une découverte récente : le célèbre romancier H. G. Wells l'avait parfaitement analysé et anticipé dès 1900 (2), tout comme les premières lignes du métro parisien l'avaient expérimenté quelques années plus tard en développant le "goût du déplacement". [...] »

 

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Airvore ou le mythe des transports propres

Laurent Castaignède

Airvore ou le mythe des transports propres

Chronique d'une pollution annoncée

Collection Régulière

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