Partager
Retour
Revue de presse

« Les atteintes au corps des femmes sont considérées comme secondaires et leurs maux imaginaires »

Nolwenn Weiler  | Basta!

 

 

« Dans un monde du travail pensé par et pour les hommes, les corps des femmes sont singulièrement malmenés et leurs douleurs niées, voire invisibilisées. La biologiste Karen Messing interroge le silence de la recherche sur cet impensé. Entretien.

Basta! : Dans votre dernier ouvrage "Le deuxième corps", vous expliquez que les problèmes de santé des travailleuses sont peu étudiés, car les risques qu’elles encourent sont souvent considérés secondaires. Le corps des hommes reste l’unité de mesure principale pour étudier la santé, y compris la santé au travail. Pouvez-vous revenir sur cette invisibilité du corps des femmes au travail ?

Karen Messing : L’expression "deuxième corps" renvoie au fait que la conception des espaces, des outils et des équipements de travail a été faite en fonction des corps masculins, qui étaient pendant longtemps les seuls à occuper la plupart des espaces de travail rémunérés. Aujourd’hui encore, sur le marché du travail, le corps des femmes est souvent considéré comme le "deuxième corps" : différent, anormal, inférieur en taille et en force. Dans le monde de la recherche scientifique, les atteintes au corps des femmes ont souvent été considérées comme des problèmes « secondaires ». Le domaine de la santé au travail n’y fait pas exception.

D’un point de vue ergonomique, il n’y a pas beaucoup de données sur le corps des femmes, même les plus élémentaires. Quand je cherchais les dimensions corporelles des os des femmes, je n’ai trouvé que celles de l’armée canadienne, datant de 1998. Je me suis donc retrouvée avec un échantillon atypique, de jeunes femmes blanches, en bonne santé. Cette absence de données invisibilise réellement les femmes. C’est brillamment démontré dans l’ouvrage Les femmes invisibles de Caroline Criado Perez, qui relève que les femmes ont 73 % de plus de probabilité d’être sérieusement blessées dans un accident de voiture parce que les mannequins utilisées pour faire les tests de sécurité sont calquées sur le corps des hommes. Et je précise que les femmes ne sont pas simplement plus petites, elles ont le haut du corps proportionnellement plus long que celui des hommes, leur centre de gravité est donc différent.

Pour les évaluations toxicologiques, c’est la même chose. La base qui sert à définir si telle ou telle molécule est toxique, c’est le corps masculin. Autre exemple de ce secteur du nettoyage : les chariots, qui servent à transporter le matériel de ménage du personnel affecté aux chambres d’hôtel, sont dimensionnés pour être pratiques à utiliser pour des personnes conformes aux dimensions moyennes d’un corps d’homme. Dans le monde du travail comme ailleurs, tous les repères que l’on a, c’est à partir du corps des hommes, qui, lui, a été mesuré. [...] »

 

Pour lire l'entrevue complète, cliquez-ici 

 


Le deuxième corps

Karen Messing

Le deuxième corps

Femmes au travail, de la honte à la solidarité

Collection Régulière

Fiche du livre

Sur le même thème