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Revue de presse

L’échec programmé du ministère de l’Environnement du Québec

Alexandre Shields | Le Devoir

 

 

« Le ministère de l’Environnement du Québec n’a jamais eu les moyens d’assumer le rôle de protection qu’il devrait pourtant jouer, et ce, malgré tous les engagements pris au fil des ans par les gouvernements. Ceux-ci ont plutôt placé ce ministère dans une position de soumission, notamment face aux intérêts économiques, écrit Louis-Gilles Francœur, ancien journaliste du Devoir, dans un livre qui vient de paraître, intitulé La caution verte.

"Si on écoute tous les partis politiques et tous les gouvernements, l’environnement est une grande priorité. Mais le ministère de l’Environnement n’a jamais eu, dans toute son histoire, un demi de 1 % du budget de l’État. C’est assez affolant. Dans ce contexte, est-ce que le ministère a les moyens de ses missions environnementales ? La réponse, c’est non", soutient l’auteur, qui a été journaliste spécialisé en environnement au Devoir pendant 30 ans, de 1982 à 2012.

Dès sa création, en 1979, le ministère de l’Environnement devait pourtant assurer la sauvegarde des milieux naturels pour le bien des résidents de la province. "On pensait qu’il limiterait la pollution, qu’il encadrerait l’agriculture, le développement urbain et le secteur industriel", rappelle M. Francœur, qui souligne notamment qu’à l’époque, les cours d’eau étaient considérés comme de véritables "poubelles".

Or, les gouvernements n’ont jamais donné à ce ministère les moyens financiers qui lui auraient permis d’assumer son rôle. En collaboration avec le chercheur Jonathan Ramacieri, de l’Institut de recherche en économie contemporaine, Louis-Gilles Francœur a analysé l’évolution du budget consacré à l’Environnement pendant plus de 40 ans. Résultat : "le budget a oscillé entre un tiers et un quart de 1 % du budget de l’État".

Au fil des ans, le ministère a même encaissé un recul des sommes consacrées à la "conservation", peut-on lire dans le livre publié chez Écosociété. "Ça démontre, de façon crue, que les gouvernements ont négligé la protection de l’environnement et des écosystèmes. Et si on y ajoutait une analyse de la protection de la forêt, le portrait serait probablement pire."

L’ancien journaliste, qui a connu plusieurs ministres de l’Environnement et qui a échangé à de très nombreuses reprises — parfois sous le couvert de l’anonymat — avec des membres de l’appareil étatique, ne rejette toutefois pas la responsabilité sur le ministère. "S’il manque de moyens, ce n’est pas de sa faute. C’est une décision de l’État, et c’est le bureau du premier ministre qui décide des budgets. Et avec le livre, je constate quels sont les effets du sous-financement historique."

[...]

Censé être le maître d’œuvre du plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre du Québec, le ministère de l’Environnement a plutôt servi de "caution verte", selon Louis-Gilles Francœur. Les rapports du vérificateur général et du commissaire au développement durable ont ainsi démontré que des ministères ont dépensé des milliards de dollars du Fonds vert sans avoir à se soumettre à un examen rigoureux. Cela a contribué aux échecs climatiques.

L’ouvrage évoque en outre le déclin du nombre d’inspections menées par les experts du ministère de l’Environnement pour s’assurer du respect des conditions fixées. Et avec la réforme de la Loi sur la qualité de l’environnement, en 2017, le gouvernement a réduit le nombre de projets qui nécessitent un certificat d’autorisation. Une décision qui témoigne d’« une abdication du contrôle de l’État » en environnement.

Louis-Gilles Francœur, qui a été vice-président du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement pendant cinq ans, propose donc un examen de conscience. "Faudrait-il faire un débat en profondeur, pour se demander quel type de ministère de l’Environnement nous souhaitons et quelle place nous voulons lui donner dans l’appareil gouvernemental ? C’est parce que j’aime ce ministère que je pose la question, mais aussi parce que je crois que la population du Québec mérite un vrai ministère de l’Environnement." »

Pour lire l'article complet, cliquez ici. 


La caution verte

Louis-Gilles Francoeur

La caution verte

Le désengagement de l'État québécois en environnement

Collection Régulière

Fiche du livre

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