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Revue de presse

Le monde est vert (ou presque)

Mickaël Bergeron | La Tribune

 

 

« CHRONIQUE / Le gouvernement Legault se voit comme un leader environnemental. Le Parti libéral du Québec se dit vert comme jamais. Les pétrolières se disent vertes. Tout le monde est vert! Vraiment?

Si le virage vert était si fort, la COP26 ne se serait pas obstinée si longtemps entre les verbes "sortir" et  "réduire" concernant les énergies fossiles. Surtout que c’est "réduire" qui l’a remporté. Si le monde était aussi vert, on prendrait le dessus sur la crise climatique au lieu de l’empirer.

Lorsque j’étais journaliste sur la Côte-Nord, j’étais toujours agacé lorsque l’Aluminerie Alouette se vantait d’être la plus verte de son industrie. Bravo pour les efforts, mais la façon de le dire camoufle le fait que cette aluminerie demeure quand même le troisième plus grand pollueur du Québec, selon un recensement de La Presse

C’est un peu ce jeu de perception que déconstruisent Frédéric Legault, Arnaud Theurillat-Cloutier et Alain Savard avec l’essai Pour une écologie du 99 % (publié chez Écosociété). Ça et plusieurs mythes concernant notre société et l’environnement. 

Les auteurs visent directement le capitalisme. Un système économique qui pousserait les citoyens et citoyennes à adopter un mode de vie difficilement écoresponsable et qui encouragerait les entreprises à gaspiller les ressources naturelles ou à polluer pour augmenter les marges de profits.

"L’écologie n’est pas une simple affaire de convictions morales ou politiques, écrivent-ils. C’est aussi et surtout le produit de contraintes économiques." Plus loin, ils ajoutent que  "ce n’est pas le charbon qui a permis le capitalisme – comme on le croit souvent –, c’est les capitalistes qui ont mobilisé le charbon."

Si pour certaines personnes, "acheter c’est voter", le trio juge que ce pouvoir est plutôt limité. Il est difficile de connaitre réellement le bilan environnemental de tout ce qu’on achète, les choix les plus écologiques ne sont pas accessibles à tous les portefeuilles et, parfois, il n’y a pas réellement d’options plus vertes – à moins de se couper de la société. "Consommer n’est pas nécessairement un acte de liberté", soutiennent-ils. 

 

Déculpabilisation

Vite de même, on semble devant un essai pointu, écrit pour les personnes déjà initiées aux principes économiques ou environnementaux. Mais non. C’est plutôt de la vulgarisation. En abordant la question sous la forme de 20 mythes à déconstruire, les concepts sont simplifiés sans être simplistes pour autant.

"On peut avoir l’impression que tout a été dit, mais on voulait parler des causes économiques de la crise environnementale" , m’explique Frédéric Legault au bout du fil. Un besoin de "pointer les réels coupables » afin de « diminuer un peu l’écoanxiété" de la population, en déculpabilisant les gestes du quotidien. 

Tout le monde n’a pas les moyens – pour des raisons économiques, professionnelles, familiales ou autres – d’améliorer son bilan environnemental. "On se retrouve avec une bien-pensante écologique. C’est doublement improductif de se juger entre nous. Ça peut mener à une aversion envers l’environnement et ça épargne les principaux coupables."

Les auteurs donnent en exemple les VUS. Au lieu de juger son voisin qui en achète un, on devrait se questionner sur notre société qui tolère et encourage ce type de véhicules, ainsi que sur la place de l’automobile dans nos déplacements.

Ou pourquoi, par exemple, une entreprise continue-t-elle de produire une ancienne version plus polluante de son produit alors que sur la même tablette, elle nous propose une nouvelle version plus écologique? Ses motivations sont-elles écologiques ou financières? 

"Si on analyse les 15 tonnes de GES du Canadien moyen, on se rend compte que plus de la moitié ne peuvent pas être attribuées aux individus : l’industrie du pétrole et du gaz, le transport de marchandises, l’industrie lourde et les bâtiments industriels produisent à eux seuls 53 % des émissions", peut-on lire dans l’essai. 

Les auteurs s’attaquent aussi aux reproches actuels envers la Chine. Premièrement, en rappelant que près de la moitié des GES émis depuis 1751 proviennent de l’Europe et des États-Unis. Mais en rappelant également que si la Chine est devenue un grand pollueur, c’est en partie parce que les usines américaines et européennes ont déménagé en Chine. Les biens produits là-bas sont, en bonne partie, fabriqués pour l’Amérique du Nord. "Autrement dit, aujourd’hui, la Chine pollue pour nous!" Bien que la Chine doit aussi diminuer ses GES, ces reproches contiennent une forme de déresponsabilisation. [...] »

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Pour une écologie du 99%

Frédéric Legault, Alain Savard, Arnaud Theurillat-Cloutier

Pour une écologie du 99%

20 mythes à déboulonner sur le capitalisme

Collection Hors série

Fiche du livre

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