Partager
Retour
Revue de presse

La maladie de la bougeotte

Jacques Lanctôt | Le Journal de Montréal

 

 

« Voilà, c’est confirmé, docteur. Nous serions atteints d’un nouveau mal appelé "la bougeotte", cette maladie des temps modernes qui nous pousse à être sans cesse en mouvement : croisières, vacances dépaysantes à l’autre bout du monde, escapades de fin de semaine, emplettes et magasinage compulsif, sans parler des déplacements nécessaires pour se rendre au travail, nous sommes devenus incapables de demeurer immobiles et cela a des effets délétères sur notre environnement, "qu’il s’agisse de pollution de l’air dans les zones urbaines, de destructions d’habitats naturels ou de dérèglement climatique". 

Sans parler des risques de transmission de virus à l’échelle internationale, comme on le vit actuellement avec la Covid-19. Bref, veiller sur l’perron en se disant des je t’aime sympathiques, c’est de l’histoire ancienne. 

Si, au départ, le terme bougeotte signifiait le nid du pigeon, au début du XXe siècle, il prend un tout autre sens sous la plume de l’écrivain et académicien français Jules Claretie, pour qui il s’agit d’une nouvelle maladie : "On s’ennuie partout. On veut toujours être autre part’ [...] On part pour bouger. Impossibilité de tenir en place. Besoin de déplacement quand même. Par l’auto, par le métro, par le canot, par la bicyclette, par le ballon de La Vaulx, par tous les moyens de locomotion possible, aérienne, aquatique, ferrée, qu’importe ? C’est la bougeotte !" 

 

Un couteau à deux tranchants

Cette "maladie" n’est donc pas nouvelle, elle aurait un peu plus de cent ans, mais elle prendra de l’ampleur après la Seconde Guerre mondiale, avec le développement accéléré des moyens de transport. Et l’auteur d’énumérer les grandes catastrophes qui ont jalonné ce développement gigantesque et marqué notre mémoire, du naufrage du Titanic à l’écrasement du Concorde, en passant par les accidents routiers qui feraient annuellement 1,35 million de victimes.  

Bien sûr, nos premiers ancêtres se sont déplacés pour découvrir d’autres régions de la planète. C’était sans doute inscrit dans leur ADN, dit l’auteur. Mais les chasseurs-cueilleurs que nous étions ont ensuite échangé leur nomadisme par une sédentarité qui ne fait pas que des heureux. Bien que cela puisse sembler contradictoire, nous bougeons plus, mais nous nous dépensons moins. "Cette sédentarité provoque entre autres conséquences du surpoids, lui-même affectant en retour la capacité à se déplacer par soi-même."

Castaignède précise que la majorité des déplacements concerne les loisirs, le tourisme, les visites familiales et amicales, "les trajets purement professionnels étant, depuis les années 1960, devenus minoritaires". 

On recherche de plus en plus l’exotisme, l’unique, ce qui nous pousse là "où l’herbe est toujours plus verte", vers les régions les plus éloignées pour y observer la débâcle des banquises ou des troupeaux d’animaux de moins en moins sauvages. Cela n’est cependant pas un phénomène nouveau, car la mythologie fourmille d’exemples semblables, comme l’épopée de Gilgamesh ou l’odyssée d’Ulysse. [...] »

 

Pour lire l'article complet, cliquez ici 


La bougeotte, nouveau mal du siècle?

Laurent Castaignède

La bougeotte, nouveau mal du siècle?

Transports et liberté

Collection Polémos

Fiche du livre

Sur le même thème