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Revue de presse

« Le jardin vivrier », ou tendre vers une plus grande autosuffisance alimentaire

Catherine Lefebvre | Le Devoir

 

« Jardiner de mère en fille

Fille de parents agriculteurs et vignerons français, Marie-Thérèse Thévard a les mains à la terre depuis sa tendre enfance. Dès la vingtaine, elle est consciente de l’impact des choix alimentaires sur la santé et l’environnement. Depuis, elle cultive ses connaissances en matière d’agriculture.

Dans les années 1980, elle fait la rencontre du Québécois Pierre, alors qu’il est en voyage en France. Ensemble, ils vont explorer différentes approches agricoles en voyageant un peu partout dans le monde. Au fil de leurs rencontres, "les gens leur disaient que c’était bien beau tout ça, mais que ça ne fonctionnerait pas au Québec" , raconte Marie Thévard.

En 1988, le couple s’installe à La Baie au Saguenay–Lac-Saint-Jean, la région natale de Pierre. Dans le but d’adopter un mode de vie écologique et communautaire, ils créent l’Écohameau de La Baie en 1990.

"Au début, il fallait construire les maisons écologiques parce que laterre était en friche, ajoute-t-elle. Aujourd’hui, tu écris écologique sur un projet et les subventions tombent du ciel. Dans les années 1990, on n’était pas du tout là-dedans." Le processus fut donc long et laborieux. Entretemps, cela n'empêche pas Marie-Thérèse Thévard de jardiner.

"Mes parents avaient décidé de faire l’école à la maison pendant le primaire, précise Marie Thévard. Chaque enfant [4] avait ses tâches au jardin. Vers l’âge de 14 ans, j’ai compris que je voulais faire de l’agriculture dans la vie." À l’université, elle fait donc ses études en génie agroenvironnemental. Mais, une partie des enseignements lui paraît en contradiction avec son expérience agricole personnelle, notamment sur le plan des principes du non-travail du sol que sa mère pratique depuis 2012. Imiter le sol forestier lui permet de développer son propre écosystème, composé entre autres d’insectes et de champignons qui contribuent à la santé du sol.

"Après mes études, je suis donc partie en voyage en France avec ma sœur, raconte-t-elle. On est allées chez des wwoofers [Worldwide Opportunities on Organic Farms, un réseau mondial de bénévoles qui aident les hôtes dans leur jardin en échange d’un toit et de repas]. On a fait plein de choses dans le milieu paysan. Puis, je me suis rendu compte que les connaissances de ma mère étaient vraiment vastes et précieuses. C’est là que j’ai eu l’idée de les répertorier pour les transmettre et pour m’assurer qu’elles ne se perdent pas."

 

Conserver et partager les savoirs

Or, pendant un an, elle suit sa mère dans le jardin et la cuisine pour tout noter. L’année suivante, elle écrit Le jardin vivrier, un copieux guide pratique bien vulgarisé pour aider les citoyens ruraux et urbains à produire une partie de leur nourriture.

L’autrice décrit de façon chronologique les étapes à suivre pour bien planifier son jardin selon le mois de l’année. En janvier, par exemple, on fait notamment le plan du jardin et le choix des semences. En avril, on fait l’épandage des cendres pour accélérer la fonte des neiges, et on installe les serres d’acclimatation. Si les tâches sont nombreuses et peuvent sembler ardues pour les apprentis jardiniers, les techniques sont bien décrites. Plusieurs illustrations de Monique Tremblay appuient également les propos de l’autrice, ainsi que des tableaux récapitulatifs et des résumés des informations à retenir à chaque chapitre.

Aujourd’hui, leur potager et leur verger s’étendent sur 0,3 hectare. Au fur et à mesure que les enfants de la famille ont quitté la maison, ils ont commencé à accueillir des wwoofers. Grosso modo, il leur faut l’équivalent d’un travailleur à temps plein pour prendre soin du jardin et ainsi nourrir cinq adultes : Marie Thévard, sa mère et trois bénévoles, par exemple. "On est capables de combler nos besoins de légumes à 100 %, de fruits et une bonne partie de légumineuses, explique-t-elle. Ce qui manque le plus avec une petite surface, ce sont les céréales et les huiles."

Tout compte fait, en 2019, elle a compilé leurs factures d’achats alimentaires. « On économise de 50 % à 60 % du prix d’une facture d’épicerie pour une famille moyenne de quatre personnes. » Après, est-ce réaliste pour tout le monde d’être autosuffisant, particulièrement en milieu urbain ? Probablement pas. Mais, il y a certainement plusieurs belles leçons à tirer dans cet ouvrage. À en croire Marie Thévard, c’est déjà gratifiant de démontrer que c’est possible de le faire, même en zone boréale.

"Et au-delà des avantages écologiques, économiques et pour la santé, c’est aussi vraiment l’fun à faire !" conclut-elle. »

 


Le jardin vivrier

Marie Thévard

Le jardin vivrier

Autosuffisance et non-travail du sol

Collection Savoir-faire

Fiche du livre

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