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Revue de presse

Le capitalisme, c’est mauvais pour la santé

Mario Jodoin | Blog Jeanne Émard

« Avec son livre Le capitalisme, c’est mauvais pour la santé – Une histoire critique des CLSC et du système sociosanitaire québécois, Anne Plourde, chercheuse postdoctorale à l’Université York et à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), "met en relief le rôle du capitalisme et de la lutte des classes dans [la] détérioration du système public de santé québécois. En prenant appui sur l’histoire des Centres locaux de services communautaires (CLSC), elle livre une critique abrasive du modèle de soins dominant, centré sur le bon docteur, l’hôpital et le pilulier’".

Introduction – Le capitalisme, c’est mauvais pour la santé! : Écrivant cette introduction en février 2021, l’autrice ne peut que constater et déplorer que la pandémie de COVID-19 a mis à rude épreuve notre système de santé affaibli par des décennies de sous-investissement et de réformes néolibérales. Ces faits étant bien connus et documentés, elle se penchera davantage sur l’influence du capitalisme dans cette évolution, sur le risque que le capitalisme fait peser sur la santé dans le monde et sur le réchauffement climatique, et sur un exemple de son influence illustré par l’histoire des CLSC.

1. Le capitalisme nous rend malades – naissance du capitalisme et désastre sanitaire : L’autrice déconstruit le mythe prétendant que le développement du capitalisme est lié à l’amélioration de la santé de la population, notamment à la hausse de l’espérance de vie, alors que ces améliorations se sont plutôt réalisées malgré le capitalisme. Pour ce, elle aborde :

  • les caractéristiques du capitalisme et ce qui le distingue des autres systèmes économiques;
  • la naissance du capitalisme, le rôle de l’État pour la favoriser et ses conséquences désastreuses, notamment en matière de santé;
  • le mythe de la théorie du ruissellement et la contradiction entre le processus de production capitaliste et les exigences de la reproduction sociale qui lui est pourtant nécessaire;
  • l’amélioration de la situation sanitaire, des conditions de travail et de la sécurité sociale obtenue à la suite de luttes ouvrières, sociales et politiques.

2. Les capitalistes contre la santé – conceptions de la santé, intérêts de classe et pouvoir du Capital : L’autrice présente les conceptions antagonistes de la santé entre les capitalistes et les mouvements sociaux et ouvriers. Pour ce, elle aborde :

  • la conception capitaliste (dominante) de la santé, axée sur les médecins, l’hôpital et les médicaments, soit sur les services curatifs plutôt que sur la prévention;
  • la proximité entre les médecins et les capitalistes, et l’affinité de leurs intérêts de classe;
  • les objections des capitalistes à la création de services publics, notamment en santé;
  • la conception populaire de la santé, axée sur l’organisation communautaire, sur la prévention et sur les déterminants sociaux de la santé (pauvreté, logement, conditions de travail, environnement, etc.);
  • les facteurs qui expliquent que la conception capitaliste de la santé soit dominante (surtout en raison des pouvoirs économiques et politiques des capitalistes, directement et indirectement);
  • les mécanismes qui portent la population à endosser la conception capitaliste de la santé, mais à parfois s’y opposer quand le rapport de force entre les mouvements populaires et les capitalistes s’inverse.

3. La création des CLSC ou comment s’est imposée la conception populaire de la santé au Québec : "En quelques années, le Québec est […] passé du statut d’État social sous-développé à celui d’État social parmi les plus avant-gardistes en Amérique du Nord." dont les CLSC représentent un exemple innovateur qui distingue le Québec des autres modèles dans le secteur de la santé. Dans ce chapitre, l’autrice aborde :

  • les grandes lignes du modèle initial des CLSC, créé en 1971;
  • les raisons pour lesquelles ce modèle s’inspire de la conception populaire de la santé, va à l’encontre de la conception capitaliste et n’a jamais été implanté tel que conçu;
  • l’évolution du rapport de force entre les classes sociales en faveur du mouvement ouvrier avant la Révolution tranquille et les particularités de cette évolution par rapport à celle des autres pays et provinces.

4. La contre-offensive capitaliste, le renversement du rapport de force et l’"échec" des CLSC : En 1974, à peine trois ans après sa création, le modèle des CLSC est remis en question par le parti (libéral) qui l’a créé, qui décrète un moratoire sur la création de nouveaux établissements pourtant déjà en voie d’implantation. C’est un modèle "profondément altéré" qui sera finalement implanté partout au Québec au début des années 1980. L’autrice aborde ensuite :

  • les principaux aspects du processus de redéfinition (ou de dénaturation) du modèle des CLSC, le rapprochant de la conception capitaliste de la santé;
  • le rôle prépondérant des médecins, mais aussi celui des politicien.nes et du milieu des affaires, dans l’opposition à l’implantation du modèle original des CLSC;
  • le renversement du rapport de force en faveur des capitalistes dans les années 1970 et surtout 1980 par la contre-offensive néolibérale qui s’est attaquée aux dépenses sociales de l’État (dont au financement des CLSC), à la gestion démocratique des organismes publics et aux droits syndicaux;
  • le sabotage des CLSC, culminant avec la réforme Barrette de 2015.

5. Quarante ans de reculs et de résistances – les ravages du néolibéralisme en santé et services sociaux : L’autrice présente les différentes définitions qu’on peut associer au concept de néolibéralisme. Dans tous ces sens, il demeure "une dérive idéologique extrémiste qui aboutit à la mise en place d’un capitalisme débridé". Cela dit, l’autrice considère qu’il est en fait la forme normale du capitalisme, les années suivant la Deuxième Guerre mondiale et précédant la contre-offensive néolibérale étant plutôt l’exception. Dans ce contexte, elle considère impossible de construire une société en santé dans le cadre du capitalisme. Elle aborde ensuite :

  • sa définition favorite du néolibéralisme, soit qu’il "est la politique du patronat qui ne rencontre aucune résistance sérieuse de la part des travailleur.euses", et ses caractéristiques principales;
  • les conséquences du néolibéralisme sur le système de santé et de services sociaux du Québec;
  • la lutte contre la pandémie de COVID-19 avec un réseau sociosanitaire affaibli;
  • la fragilité du système face à la crise environnementale;
  • les conséquences sur la santé des inégalités, de l’insécurité économique et de la baisse du rapport de force des travailleur.euses que le néolibéralisme entraîne.

6. Six solutions pour préparer l’après-pandémie en santé et services sociaux : L’autrice fait le point sur la situation actuelle du réseau de la santé et sur les rapports de force entre la population et les capitalistes, puis présente six propositions :

  1. redonner du pouvoir aux travailleuses sur les enjeux de santé et sécurité au travail;
  2. reconquérir le droit à la grève dans les services publics, en particulier dans le secteur de la santé et des services sociaux;
  3. refinancer le réseau de la santé et des services sociaux à la hauteur des besoins actuels et à venir;
  4. nationaliser, décentraliser et redémocratiser les services de santé et les services sociaux;
  5. passer d’un système hospitalo-centrique à un système centré sur la prévention et la première ligne;
  6. transformer les services sociosanitaires en outils de transformation sociale.

Conclusion – Vers une crise de légitimité du capitalisme? : La différence entre la crise pandémique de COVID-19 et la crise climatique est que la première aura une fin et que la deuxième aura des effets irréversibles "dont la gravité pourrait aller en s’accentuant pour les générations futures". Dans ce contexte, il est encore plus urgent de revoir en profondeur notre système sociosanitaire et de sortir du capitalisme pour notamment rendre ce changement possible. L’autrice présente ensuite le contexte actuel, avec ses particularités encourageantes et au contraire déprimantes, puis conclut que "lutter pour dépasser le capitalisme est désormais incontournable, et [que] c’est aussi ce qu’on peut faire de mieux pour garder la santé!".

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Non seulement le sujet est passionnant, mais ce livre se distingue par la qualité de la documentation et de ses sources, ce qui n’est pas étonnant, puisqu’il est basé en bonne partie sur la thèse de doctorat de l’autrice. En plus, l’origine doctorale de ce livre ne se sent nullement à sa lecture, si ce n’est dans sa structure (par exemple, les chapitres commencent par annoncer les sujets qui seront abordés, ce qui est très pratique quand on tente de les résumer comme je l’ai fait!). En effet, ce livre est facile et agréable à lire et favorise la réflexion. Autre bon point, les 437 notes, surtout des références, mais aussi des compléments d’information, sont en bas de pages. » 

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Le capitalisme, c'est mauvais pour la santé

Anne Plourde

Le capitalisme, c'est mauvais pour la santé

Une histoire critique des CLSC et du système sociosanitaire québécois

Collection Régulière

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