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Revue de presse

Big data : «Se savoir surveillé, c'est le début de l'autocensure et du conformisme» Entretien avec Pierre Henrichon

Mikaël Faujour | Marianne

 

« Militant et ex-président-fondateur d'Attac Québec, Pierre Henrichon a publié "Big Data : faut-il avoir peur de son nombre ? Cybernétique, dataveillance et néolibéralisme : des armes contre la société"(Écosociété). Il présente cet essai en répondant à "Marianne".

Marianne : "L'énoncé est devenu banal : nos institutions politiques, nos démocraties sont en crise" : ainsi débute votre essai. Vous attribuez cette "crise" à trois causes principales, qui se croisent : la cybernétique, la dataveillance et le néolibéralisme. De quoi s'agit-il ? 

Pierre Henrichon : Nous sommes témoins de trois forces qui agissent ensemble et se renforcent mutuellement. En premier lieu, il y a la théorie cybernétique qui a pensé le contrôle par rétroaction, c'est-à-dire par un envoi d'informations visant un objectif précis. Cette théorie définit les humains, les machines et les animaux comme étant des entités informationnelles réceptives à la rétroaction.

Deuxièmement, il y a la mise en place d'un réseau informationnel omniprésent qui se déploie à la faveur d'une constante surveillance, appelée dataveillance, par des capteurs sur le web, sur nos téléphones intelligents et sur de nombreux autres appareils. Cela nous transforme en cibles informationnelles à des fins de pilotage de nos comportements.

La troisième force, c'est le néolibéralisme, qui absorbe le tout dans une marchandisation-monétisation de notre transformation en" profils numériques". Cela contribue aux crises de nos sociétés démocratiques en faisant de notre subjectivité la matière première grâce à laquelle on module nos comportements futurs sur ceux du passé, en vue de capter et maintenir notre attention à des fins de placement de publicités. Nous nous trouvons enfermés en nous-mêmes, dans un rapport ultra-individualisé et marchand au monde.

On nous fait miroiter que nous sommes seuls responsables de notre "capital humain" (compétences, connaissances, réseaux
culturels et sociaux) sans besoin de mutualisation et de solidarité. On nous fait croire que ? pour qu'il y ait société, il
suffit de s'inscrire dans le marché. La seule information dont nous aurions besoin pour participer à la vie sociale serait alors
le prix des choses. une information « objective », il convient que tout puisse avoir un prix pour que nous soyons informés de la véritable valeur des produits et services et ainsi être mieux en mesure de prendre des décisions éclairées. La souveraineté du consommateur étant ainsi assurée, plus besoin du citoyen. La démocratie s'exprimerait par nos décisions d'achat, qui agissent à la manière d'un vote pour ou contre le fournisseur, et non pas par la délibération, le conflit, le compromis, entre acteurs sociaux et citoyens, dans un cadre où chacun jouit de droits politiques égaux. Dans le marché, mon pouvoir d'achat sera toujours à la fois supérieur et inférieur à celui d'autres consommateurs ; l''égalité n'y existe pas. Sans cette égalité, aucune démocratie n'est possible ou ne peut même être revendiquée. (...) »

 

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Big Data: faut-il avoir peur de son nombre?

Pierre Henrichon

Big Data: faut-il avoir peur de son nombre?

Cybernétique, dataveillance et néolibéralisme: des armes contre la société

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