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Revue de presse

Ces humains qui sauvent les bonobos

Paul Bennett | Le Devoir

De tous les grands singes (chimpanzés, gorilles, orangs-outangs), les bonobos ressemblent le plus aux humains, non seulement parce qu’ils partagent avec nous 98,6 % de leur ADN, mais aussi en raison de leurs comportements. Peu agressifs, contrairement aux chimpanzés, ils ont fréquemment recours à la sexualité pour désamorcer les conflits et exprimer leur affection ; ils ont aussi développé une forme de solidarité communautaire très sophistiquée.

Concentrés uniquement dans la forêt pluviale du Congo, au sud du fleuve du même nom, les bonobos sont toutefois menacés d’extinction — les estimations varient entre 5000 et 50 000 individus — à la fois en raison de la déforestation intensive et du braconnage. 

Créée en 1998, la Bonobo Conservation Initiative (BCI), une ONG américaine, a développé une approche originale pour protéger l’habitat des bonobos, en misant sur la collaboration et l’implication des populations locales plutôt que sur des solutions toutes faites imposées de l’extérieur. En échange, les habitants de la forêt se voient offrir emplois, provisions et soins de santé. La conservation devient ainsi leur gagne-pain, et une promesse d’avenir.

L’objectif de la BCI est d’établir un réseau de réserves naturelles reliées par des corridors, baptisé « La forêt de la paix des bonobos ». En seulement 10 ans, la BCI aura réussi à créer trois fois plus de territoire protégé pour les bonobos que toutes les autres ONG réunies, ce qui lui a attiré l’hostilité de puissantes organisations telles que la World Wildlife Fund (WWF).

 

La loi des chefs

Deni Béchard, un reporter canado-américain indépendant, a signé aussi les récitsVandal Love ou Perdus en Amérique (Québec Amérique, 2008) et Remèdes pour la faim(Alto, 2013). Pour ce nouveau livre, il s’est rendu plusieurs fois sur le terrain afin de comprendre en quoi la philosophie de la BCI, fondée sur le respect des besoins, des valeurs culturelles et des modes de vie des populations locales, était garante d’une protection durable des bonobos.

L’ouvrage qu’il a tiré de son expérience, Des bonobos et des hommes, est passionnant. Plus qu’un récit de voyage et une exploration fascinante de l’univers des grands singes et de leurs comportements, Des bonobos et des hommes se révèle avant tout une réflexion approfondie sur l’importance de la biodiversité et l’ampleur des défis écologiques qui confrontent les conservationnistes. Ainsi explique-t-il que le sort des bonobos est indissociablement lié au destin de la République démocratique du Congo, cet immense pays dévasté par les guerres postcoloniales. Ces guerres ont en effet favorisé la chasse aux animaux sauvages en danger par une population réduite à la misère.

L’auteur consacre plusieurs chapitres à décrire la détresse, mais aussi la résilience des Congolais en butte à une exploitation systématique, depuis le régime colonial belge jusqu’à aujourd’hui. La colonisation sauvage dont ils ont été victimes explique d’ailleurs leur méfiance presque atavique à l’égard des Blancs… et des ONG occidentales. Or les gouvernements ont beau interdire la chasse aux espèces menacées, seules les populations locales et leurs chefs peuvent faire respecter la loi. D’où le pari de la BCI de faire des Congolais des partenaires véritables en matière de conservation.

Des bonobos et des hommes offre également un rare aperçu des rivalités entre ONG conservationnistes pour le financement de leurs projets, et aussi des difficultés concrètes qui attendent les écologistes sur le terrain. En dépit de quelques digressions qui auraient gagné à être écourtées, le livre de Deni Béchard constitue une lecture stimulante pour quiconque s’intéresse au passé, au présent et à l’avenir des espèces menacées.


Hyperlien: http://www.ledevoir.com/culture/livres/420746/ces-humains-qui-sauvent-les-bonobos


Des bonobos et des Hommes

Deni Ellis Béchard

Des bonobos et des Hommes

Voyage au coeur du Congo

Collection Parcours

Fiche du livre