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Revue de presse

«Une gauche en commun»: les défis du progressisme québécois

13 juillet 2019, Le Devoir, par Michel Lapierre :

« Une gauche en commun »: les défis du progressisme québécois

Le Printemps érable de 2012 compte plus que Québec solidaire, qui passe pour son expression politique, estime le libertaire québécois Marcos Ancelovici, convaincu que, par électoralisme, le parti a étouffé le mouvement populaire spontané. De son côté, le socialiste Pierre Mouterde, militant de QS, croit que, pour éviter de se marginaliser, la gauche doit s’imprégner de l’histoire des vaincus qui nous « attendent », selon Walter Benjamin, comme si hier devenait demain.

Né au Chili, à Santiago, d’une mère française et d’un père d’ascendance juive roumaine, Ancelovici avoue : « Bien que je me reconnaisse dans l’anarchisme, je trouve que c’est une étiquette difficile à porter et à revendiquer. » L’appellation « libertaire » le rend beaucoup moins mal à l’aise, car elle exprime, contre l’autorité, une « sensibilité » plutôt qu’un « positionnement idéologique » trop rigide.Voilà les idées les plus éclatantes, les plus fécondes que recèle Une gauche en commun, ouvrage formé d’un « dialogue sur l’anarchisme et le socialisme » entre Ancelovici, sociologue de l’UQAM, et Mouterde, sociologue et philosophe du cégep de Limoilou, présenté, dirigé et commenté par Stéphane Chalifour et Judith Trudeau, des Nouveaux Cahiers du socialisme. Ces deux derniers jugent, à bon droit, que les « utopies » différentes des débatteurs « peuvent néanmoins être complémentaires plutôt qu’exclusives » et « nous servir de boussole ».

Cette souplesse cadre avec sa grande ouverture au féminisme, qui, à ses yeux, a révolutionné à jamais la gauche. En dénonçant, chez les militants, la persistante inégalité entre hommes et femmes, il fait sienne cette boutade : « Tout le monde veut faire la révolution, mais personne ne veut faire la vaisselle ! » Il adopte la perspective intersectionnelle des féministes afro-américaines, qui, à la différence du socialisme traditionnel, situe le combat « à l’intersection de systèmes sociaux comme le capitalisme, le racisme, le patriarcat et l’hétérosexisme ».

Les idées d’Ancelovici appartiennent à un siècle nouveau par rapport à celles de Mouterde, issu de la banlieue lyonnaise, sans les heurter de plein fouet, car les deux militants visent au fond les mêmes idéaux progressistes. Moins hostile qu’Ancelovici à l’ultraconservateur québécois Mathieu Bock-Côté, défenseur caricatural du passéisme, Mouterde préfère toutefois « de très loin » la perspective du penseur juif allemand inclassable Walter Benjamin (1892-1940), qui redonne à l’histoire sa juste valeur à la différence d’une certaine gauche inculte.

Uni dans un sens messianique aux vaincus du passé contre les vainqueurs, Benjamin espérait contribuer au salut de l’histoire malgré le pessimisme révolutionnaire qui le hantait et que partage Ancelovici.

★★★★

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