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Savoir se souvenir

Les leçons du passé

La mémoire des luttes passées est le moteur des luttes actuelles. Mais cette mémoire est fragile et nous avons l’oubli facile. D’où la nécessité de se souvenir de ces combats, d’en rappeler les écueils, les échecs et les victoires, pour mener à bien ceux d’aujourd’hui. Luttes pour la protection de l’environnement, répression politique, luttes syndicales, grèves étudiantes, résistance à la spéculation immobilière, histoire sociale de Montréal, les moments marquants de l’histoire militante québécoise sont abondants et riches d’enseignements. De quoi donner tout son sens à la devise Je me souviens.

Dans une société où saccage environnemental rime avec gouvernement néolibéral, il faut se souvenir des premiers combats menés ici pour contrer la dégradation de notre planète, de la lutte aux pluies acides à celles contre les gaz de schiste et les pipelines, en passant par la saga du mont Orford, le développement éolien ou l’exploitation forestière.

Quand la presse est concentrée entre les mains d’une oligarchie, il faut se souvenir de l’aventure Québec-Presse (1969-74), journal autogéré et indépendant qui voulait faire cause commune avec les classes populaires et les syndicats, combattre le capitalisme et lutter pour l’indépendance du Québec...

En se plongeant dans l’oeuvre de Pierre Perrault, on prend conscience de la lente et constante dépossession des peuples et de leur culture, de l’Abitibi à l’île aux Coudres, en passant par les Innus de la Côte-Nord. Si la mémoire et l’héritage de Perrault ont encore du sens aujourd’hui, c’est parce qu’ils nous convainquent que rien n’est plus important que la diversité culturelle et la liberté.

Et devant les assauts de la spéculation immobilière, il faut se souvenir de la victoire des citoyen.es de Pointe-Saint- Charles qui, par la mobilisation populaire, ont empêché le déménagement du Casino de Montréal sur les terres du Canadien National (CN) et créé le Bâtiment 7, un espace appelé à devenir un pôle d’activités sociales, artistiques et politiques compatibles avec une économie solidaire et écologique.

Comme le rappelle Serge Mongeau, injustement incarcéré en octobre 1970 comme des centaines d’autres personnes :

La crise d’octobre nous a montré à quel point notre liberté est précaire, car les possédants et leurs alliés des gouvernements hésitent rarement à utiliser toutes les armes de la répression au moindre prétexte. [+]

Plus de 40 ans après ce triste épisode de l’histoire du Québec, pensant qu’une injustice aussi sordide ne saurait être qu’un mauvais souvenir, nos libertés ont été tout aussi ébranlées en 2012 sous les matraques policières et une ignoble loi spéciale. Uniquement entre le 16 février et le 3 septembre 2012, 3 418 arrestations sont répertoriées. Leur crime ? Avoir souhaité une société plus juste en refusant une inique hausse des frais de scolarité. Le refus de l’oubli a poussé Maude Bonenfant, Anthony Glioner et Martine-Emmanuelle Lapointe à réaliser Printemps québécois : une anthologie.

Cette histoire que l’Histoire risque d’oublier, nous la racontons par la voix de celles et ceux qui l’ont faite : de ces étudiant.e.s surtout qui se sont impliqué.e.s souvent jour et nuit et en engageant leurs propres moyens financiers pour contribuer au mouvement collectif. [+]

L’histoire des luttes du passé, c’est notre histoire collective. Cette histoire n’est pas constituée que par ces grandes lignes réappropriées par qui le veut ; c’est l’histoire de militant.e.s se tenant debout face à cette autorité, face à un système. En donnant une voix à ces histoires, à ces luttes, c’est rappeler que chaque personne peut contribuer à changer notre société, et c’est aussi faire notre devoir de mémoire.

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