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Savoir se nourrir

Reprendre le contrôle sur notre alimentation

S’il est un lieu où le potentiel d’engagement et de transformation est immense, c’est bien dans nos champs... jusque dans nos assiettes. [+]

Partout dans le monde, une prise de conscience s’installe devant les graves méfaits du modèle de l’agriculture industrielle et de ses effets sur la santé, l’environnement et les communautés : pesticides, OGM, cancers, industrie agroalimentaire concentrée, émeutes de la faim, déserts alimentaires, appauvrissement des sols lié à la monoculture, pollution atmosphérique causée par le transport des marchandises, suicides d’agriculteurs au Roundup (pesticide de Monsanto), la liste est longue... Face à cette perte de contrôle sur ce que nous cultivons et mangeons, il devient impératif de réaffirmer la notion de souveraineté alimentaire et de défendre une agriculture de proximité plus respectueuse des écosystèmes.

Devant les coûts cachés ou bien visibles de l’agriculture industrielle, une révolution agricole est en marche, autant en ville qu’à la campagne, à travers un engouement croissant pour une agriculture biologique, saine et locale. Différentes formules de mise en marché solidaire, comme l’association pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) en France ou l’Agriculture soutenue par la communauté (ASC) au Québec, répondent au besoin qu’ont les gens de renouer avec ceux et celles qui les nourrissent, sans s’empoisonner. Bien ancrée dans l’économie réelle, cette agriculture incarne cette économie post-capitaliste qui pointe à l’horizon. Née en réaction aux échecs du modèle productiviste dominant, elle répond directement aux besoins des gens, dans le respect des écosystèmes. Il s’agit d’une économie sociale et écologique. Jean-Martin Fortier et Maude-Hélène Desroches ont fondé les Jardins de la Grelinette selon ce modèle, avec pour but de rentabiliser au maximum leur lot de terre de moins d’un hectare. Obéissant aux principes de la permaculture, leur credo est de faire mieux, plutôt que de faire plus : peu de superficie, peu de machinerie et d’énergie fossile, aucun intrant chimique, etc.

Révolution déguisée en jardinage biologique, la permaculture consiste à créer des habitats soutenables pour les humains en suivant les modèles de la nature. [+]

À l’inverse des Monsanto et Syngenta de ce monde, qui brevètent tout ce qu’ils peuvent (et même ce qui appartient à tous !), c’est dans la transparence la plus totale que Jean-Martin Fortier nous livre ses trucs de production pour que d’autres puissent en profiter. Et depuis, le livre Le jardinier-maraîcher, au succès désormais planétaire, a inspiré bien des changements de carrière.

Et en ville, alors ? Analysant un réseau alimentaire soumis aux impératifs du monde de la grande distribution et des supermarchés, Jennifer Cockrall-King nous rappelle que les espaces urbains sont à neuf repas du chaos en cas de rupture d’approvisionnement, les grandes villes ne disposant que d’environ trois jours de réserves de denrées pour nourrir leur population. Là aussi, des hommes et des femmes du monde entier se mobilisent à travers l’agriculture urbaine pour ramener la production et la distribution des aliments au coeur de nos villes. Alliant savoir-faire agricoles ancestraux et innovations écologiques, ils sont de plus en plus nombreux et nombreuses à se lancer dans la production biologique de proximité. Plants de tomates et fines herbes sur les balcons, poulaillers dans les cours arrière, ruches sur les toits, vignobles urbains, jardins communautaires, maraîchage intensif dans des serres commerciales, forêts nourricières, aquaponie, fermes verticales : autant de pratiques, respectueuses de la Terre, qui laissent entrevoir un tournant majeur non seulement dans notre façon de nous alimenter, mais aussi dans notre conception même de l’espace urbain.

C’est ainsi que nous nous libérerons du système alimentaire industriel, ce géant qui, tel le Titanic, menace de sombrer. La révolution agricole est en marche, à nous d’y prendre part. [+]

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