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Savoir se donner des limites

La terre n'est pas un puits sans fond

Sur une planète limitée, qui a atteint sa capacité maximale de porter les êtres humains, une société poussée surtout par l’individualisme égoïste a autant de potentiel de durabilité qu’un groupe de scorpions enragés enfermés dans une bouteille. [+]

Prononcés en 2009, ces mots de William Rees et Mathias Wackernagel, qui ont introduit la notion d’« empreinte écologique », résonnent toujours aussi fort. 

Un défi sans précédent se pose aujourd’hui à l’humanité : les écosystèmes de la planète ne peuvent plus soutenir les niveaux actuels d’activité économique et de consommation matérielle, encore moins une hausse de ceux-ci ; une économie extractiviste est entrée en collision avec l’équilibre de l’écosphère. Partout, la logique de l’extractivisme intensifie l’exploitation industrielle des « ressources naturelles » : forêts, eau douce, minerais, sable, rivières, faune sauvage, gaz de schiste, pétrole, terres fertiles, paysages grandioses, tout y passe. Mais jusqu’où pourra-t-on creuser? 

Un exemple extrême de cette course vers l’abîme : l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta, cette balafre terrienne qui continue d’aggraver le réchauffement climatique. Les effets destructeurs et irréversibles de ces dynamiques et orientations sont déjà à l’œuvre et commandent un renversement complet de notre rapport à l’énergie et aux ressources du globe. Car ce n’est pas la fuite en avant technologique ou de simples mesures d’efficacité énergétique qui nous permettront de sauver la mise, encore plus si l’on persiste à cultiver l’imaginaire de la croissance ou à faire fi de l’effet rebond. 

La dernière chose dont la Terre a besoin, c’est d’une voiture bon marché qui consomme deux litres aux 100 kilomètres ; une fois que nous l’aurons, il n’y aura plus de barrière à l’acquisition d’un véhicule un peu partout dans le monde. [+]

Point de salut sans réduction importante de la consommation. Or, tels des « gloutons impénitents », nous demeurons esclaves des énergies fossiles, une dépendance qui menace littéralement les conditions de vie sur Terre.

S’il a jadis fallu l’énergie des esclaves pour labourer la terre, vêtir les empereurs et construire les villes, celle-ci a été remplacée par les énergies fossiles et le moteur à combustion. Nous agissons désormais comme les propriétaires d’esclaves d’autrefois dans notre manière d’utiliser l’énergie, les ressources. Même les paysages ne résistent pas à notre mondophagie! 

Ce que nous rappelle avec force Rodolphe Christin : 

La mondophagie touristique est le résultat de l’appétit sans limite de déplacements qui dévaste la planète et érode la diversité des cultures. Elle est le résultat de la mise en production des paysages et de ce que j’appelle le management du monde, lorsque chaque parcelle doit être rentabilisée, organisée et soumise aux règles de la « bonne gestion » économique. [+]

À tous les thuriféraires de la croissance illimitée, il serait bon de rappeler que la Terre n’est pas un puits sans fonds.

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