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Savoir prendre la parole

Mettre fin à la loi du plus fort

La démocratie jouit aujourd’hui d’une popularité sans précédent dans l’histoire, et pourtant elle n’a jamais été plus vague conceptuellement et plus substantiellement creuse. [+]

Dans nos sociétés occidentales, la démocratie et l’État de droit sont érigés en vertus inébranlables. Qu’en est-il de la violation des droits des citoyen.ne.s marginalisé.e.s au nom de la « protection » de cet idéal ? La malléabilité conceptuelle de la démocratie contemporaine permet à l’État moderne de parler en son nom pour imposer ses desseins : La notion de démocratie a été façonnée en quelque chose comme une marchandise qui peut être exportée, vendue ou imposée à des populations entières… provoquant les pires horreurs contre les « ennemis » de la démocratie. En politique intérieure comme à l’étranger, « la guerre contre la terreur » est utilisée par les États pour se donner une panoplie d’outils de pouvoir aux accents totalitaires. Les horreurs de Guantanamo et d’Abou Ghraïb ne sont par exemple qu’une continuité des dérives sécuritaires des États-Unis basées sur un racisme historique. Les attaques brutales contre des personnes qui paraissent être des musulmans ou des Arabes ont démontré que le racisme était bel et bien vivant aux États- Unis et qu’il frappait de nouvelles cibles.
Comme l’a bien démontré Alain Deneault, les multinationales sont devenues des pouvoirs d’un genre nouveau, agissant dans plusieurs législations, sachant ainsi se positionner dans la loi et hors la loi. Leur action, inhérentes aux dérives du capitalisme, les amène à violer l’intégrité des territoires et des peuples.

Dans leur quête de croissance infinie, les grandes entreprises exercent un grand nombre de moyens de pression pour étouffer la contestation populaire, comme les SLAPP ou « poursuite-bâillon » [qui] grugent les derniers moyens dont disposent les citoyens ordinaires pour agir dans l’arène démocratique. Ceux-ci apparaissent comme l’outil principal des entreprises pour bâillonner la parole des citoyen.ne.s, posant de graves questions d’accès à la justice.

Plus que tout, la SLAPP signale la tendance générale à la privatisation des débats publics, le rejet d’un dialogue politique s’effaçant au profit d’une conception rigoureuse de droits individuels brandis en réflexe lors de controverses publiques. [+]

Comment redonner une place forte à la parole des citoyen.n.es ? Pour Marie-Ève Maillé et Pierre Batellier, le respect de la parole citoyenne doit faire appel à la notion de consentement.

De la même manière que, dans nos sociétés développées, chaque personne a droit au respect de son intégrité physique et morale, nous appelons à la reconnaissance d’un droit à l’intégrité du territoire et, par extension, des populations qui l’habitent. [+]

Pour que cessent la censure et l’autocensure, pour que les citoyen.ne.s puissent participer de façon éclairée aux débats de société, il faut, comme l’a déclaré Pierre Noreau ainsi que 30 professeur.e.s de droit pour défendre les auteur.e.s de Noir Canada : Une claire compréhension des problèmes dans lesquels nous nous trouvons collectivement engagés. Faut-il exploiter les gaz de schiste, confier à l’entreprise privée la gestion de notre système de santé ou participer à un conflit armé, toutes ces questions supposent une analyse éclairée des citoyens. Il en va de même de l’appréciation que nous sommes en droit de faire de l’activité des sociétés commerciales, détentrices d’un statut juridique de droit canadien lorsqu’elles exportent notre savoir-faire et notre réputation collective.


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