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Savoir être

Décroître ou disparaître

Sans décroissance énergétique, aucune décroissance ne saurait être durable, et encore moins juste. Un mot d'ordre s'impose donc: décroissance énergétique ou barbarie! [+]

Mot obus et provocateur, la décroissance s’est taillée une place grandissante dans le débat politique pour décoloniser nos imaginaires englués dans un impératif de croissance économique irréaliste et destructeur. Déjà porté dès les années 1970 par des penseurs comme André Gorz, Ivan Illich ou Günther Anders (mais aussi d’autres avant et après eux), le constat est simple :

La société de consommation est triste, injuste et impossible : non seulement 20 % des humains s’approprient 86 % des ressources planétaires, mais cet « enfer climatisé » n’est pas généralisable puisqu’il dépasse la capacité même de régénération des écosystèmes. Nous devons donc en finir avec cette domination des uns sur les autres et de tous sur la planète pour vivre simplement en véritables humains. [+]

En d’autres mots, une croissance infinie sur une planète finie est impossible. Et en 1972, quatre scientifiques mandatés par le Club de Rome simulent les interactions entre croissance démographique, croissance industrielle, production alimentaire et limite des écosystèmes et élaborent différentes trajectoires possibles pour notre civilisation. Ils concluent que le pire scénario, celui de l’effondrement, se joue actuellement sous nos yeux. Mais la décroissance n’est pas la gestion du désastre. C’est plutôt la remise en cause de l’économie du désastre. Elle appelle au réalisme écologique, à la quête d’un équilibre global qui implique une sortie du système économique actuel où le produit intérieur brut (PIB), cette idole précaire, ne servirait plus de boussole à la navigation politico-économique de la société sur la mer agitée par les tsunamis qu’elle contribue à générer. Crises financières répétées, réchauffement climatique, catastrophes naturelles, inégalités sociales, le système économique capitaliste ne contribue pas au bonheur de tous, mais mène bien à une destruction des conditions de vie sur Terre.

De plus en plus, pour avoir le droit d’exister, il faut être capitalisable, produire de la valeur sur le marché sous la forme de l’échange obligatoire des biens et services utiles ou inutiles, nuisibles ou pas. Et face à nos machines, nous devenons obsolètes. [+]

Pour Louis Marion, il faut regarder la technique en face car le capitalisme est devenu un automate hors de contrôle. Mais comment bâtir une société humaine qui ne rende pas intenable nos conditions de vie sur Terre et qui accomplisse enfin l’idéal des Lumières, en garantissant à ses membres, à tous ses membres, liberté et égalité ?

Rompre, désobéir, décoloniser nos imaginaires et désintoxiquer le discours public… pour abolir l’objectif social de la croissance économique ; c’est un tout autre monde « a-économique » qu’il s’agit de concevoir, structuré par de nouveaux schémas de pensée : simplicité, économie de la permanence, autonomie, audit de la dette, entropie, buen vivir, care... Les solutions foisonnent pour bâtir ce monde post-croissance.

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