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Savoir coopérer

Qui a dit que nous avions besoin de vous ?

Le Blanc parle beaucoup, il propose des projets de développement et les organise avant même qu’on ne sache de quoi il s’agit. Mais le développement de quoi ? De qui ? Sinon de ce qu’il a lui-même inventé pour nous. [+]

Ce questionnement d’un ancien ingénieur burkinabé rapporté par Jacques Claessens dans Qui a dit que nous avions besoin de vous ? illustre à merveille les dérives de la coopération internationale, quand les visées de « développement » portent encore les stigmates du colonialisme. Comment retrouver le sens de ce mot, « co-opération », c’est-à-dire une action réellement concertée, où chaque individu est attentif à l’autre, où l’on prend le temps de comprendre et d’être compris ? Comme le décrit si bien Normand Baillargeon dans sa préface, il faudra favoriser une action qui tient compte du fait que des gens en survie depuis des millénaires n’ont pas à changer de mode de vie pour des promesses de Blancs qui vont bientôt repartir.

Parmi les récits de coopération internationale, du Burkina Faso de Jacques Claessens au Congo de Deni Béchard en passant par les cas de Noir Canada d’Alain Deneault, il y a des histoires d’horreur et des réussites. Il y a des intentions viles d’exploitation des ressources naturelles avec des impacts humains et environnementaux désastreux et des intentions plus nobles d’entraide, bien que la frontière soit parfois si difficile à tracer.

Mais quelle est la source de ces rapports Nord/Sud inégalitaires ? Vijay Prashad, qui a raconté de façon magistrale l’émergence politique du tiers-monde aux lendemains de la décolonisation, explique que les traces de la colonisation impérialiste sont encore souvent bien vives et que les États du Nord lui ont rapidement imposé une dynamique néocoloniale dont les effets se font toujours sentir. La crise de la dette et la réorganisation planétaire fomentée par le premier monde allaient assassiner le tiers monde, rappelle-t-il, préfigurant le nouvel ordre mondial fondé sur des rapports Nord/Sud inégalitaires. Des lors, une question s’impose : la coopération internationale intervient-elle pour réparer ces inégalités ou pour les renforcer ?

Haïti est un cas d’école quand il s’agit du déni de souveraineté populaire dans les pays du Sud. Devenue la première république noire indépendante en 1804 à la suite d’une révolution d’esclaves, Haïti est aujourd’hui minée par le colonialisme et la violence. Le pays a été placé sous occupation militaire onusienne dans ce qui prend la forme d’une toute nouvelle dictature : celle de la communauté internationale. Car malgré la tenue d’élections, une officielle liberté de la presse et une aide humanitaire internationale d’envergure, le peuple haïtien n’est toujours pas maître de la gestion économique et politique du pays. Pour aider véritablement Haïti, il faut lui permettre de renforcer sa souveraineté, c’est-à-dire la capacité de son gouvernement à se protéger des assauts en provenance de l’extérieur, à mettre en place des politiques reflétant la volonté de la majorité de la population, à faire fructifier les richesses dans le pays et à les redistribuer.

Résilients, les peuples de ces pays spoliés devront reprendre peu à peu leurs institutions démantelées par les puissances occidentales et ainsi retrouver le pouvoir de changer les choses.

Les défaillances de la globalisation pilotée par le FMI comme du traditionalisme revanchard entrainent l’émergence de mouvements de masse dans le monde entier. [+]

L’espoir subsiste quand le peuple reprend ce qui lui a été volé et retrouve sa dignité. La réappropriation des territoires par les communautés locales se met lentement en marche. Au Congo, Deni Béchard raconte le long chemin de la conservation : Au cours de la dernière décennie, Sally avait vu les Congolais devenir de plus en plus sensibles à la faune, et certaines cultures locales changeaient pour réactualiser des notions traditionnelles de conservation. De plus en plus, les habitants reconnaissaient la valeur de leur terre pour ce qu’ils pouvaient en tirer de durable plutôt que pour le type d’exploitation matérielle qui avait dominé leur pays pendant plus d’un siècle.

Alors, le développement est-il un miroir aux alouettes ?

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