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Revue de presse

Pour une humanité retrouvée, libérée de ladite croissance

Cet essai se présente sous la forme d'une introduction aux valeurs écosociales et entend procéder à une description critique des obstacles politiques, économiques et techniques à l'émancipation sociale et écologique. Ainsi Louis Marion exprime en prologue les intentions de son ouvrage. L'essai est une forme assez libre d'écriture qui lui permet d'embrasser l'état du monde dans son ensemble. Et c'est peu dire que le constat est ici alarmant ! La croissance comme modèle unique des sociétés humaines est un cancer généralisé dont la COP 21 n'a jamais osé reconnaître les symptômes. Louis Marion, en s'appuyant essentiellement sur les réflexions de Günther Anders, va chercher les causes de cette situation extrême dans laquelle se trouve l'humanité tout entière, à travers une série de critiques sans concession ni pincettes, successivement du capitalisme, de l'aliénation au travail, du libéralisme, de l'instrumentalisation politique du langage, du progressisme technocratique et de la mégamachine industrielle. Si le projet est ambitieux, le pari est bel et bien tenu en moins de 200 pages. Il en résulte une concentration d'informations et de concepts parfois ardus à assimiler mais toujours très perspicaces dans le développement du propos. Bien que sombre dans son constat, il reste une véritable foi en l'homme, au-delà de la division politique fade gauche droite qui ne trompe plus personne, se définit intrinsèquement comme être social. De son rapport à l'autre, l'homme est perfectible et a tout à gagner de son expérience sensorielle du monde. Or, lorsque la machine intervient au départ pour le servir et finit par l'asservir, le système s'emballe et n'a d'autre finalité que lui-même en dehors des intérêts proprement humains. Ainsi en est-il d'une économie financiarisée qui n'a d'autre raison d'être que de créer de la valeur où l'humanité est un produit monnayable comme un autre. Ainsi en est-il de l'évolution de la technologie qui tend de plus en plus à séparer l'homme de sa propre expérience du monde social et environnemental, lui ôtant toujours plus sa responsabilité dans ses actions. L'auteur, à travers ses critiques constructives, vise une humanité retrouvée dans son essence par l'usage de ses sens, d'une sociabilité quotidienne et immédiate terreau irremplaçable d'un espace démocratique.

URL: 
https://blogs.mediapart.fr/cedric-lepine/blog/081215/pour-une-humanite-retrouvee-liberee-de-ladite-c...