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Revue de presse

Des chevaux en ville?

Dans la préface qu’elle signe dans le passionnant ouvrage intitulé Le cheval au service de la ville, Marie Hélène Poitras invite à imaginer des scènes pour le moins étonnantes. On est en janvier, dans le quartier Rosemont à Montréal, et les sapins dont on se défait sont ramassés par un véhicule tiré par... un cheval. L’école reprend et c’est un véhicule tiré lui aussi par des chevaux qui remplit la fonction d’autobus scolaire; on devine les enfants ravis. L’équipement dont se servent les employés municipaux qui travaillent dans les parcs est lui aussi transporté par des chevaux. Cela est impossible? Utopique? Le livre d’Olivier Linot et Daniel Simon invite à penser que la réponse pourrait bien être non et il raconte pour cela ce qui s’est passé en France, dans une ville (qui n’a ni la taille ni le climat de Montréal, il est vrai) appelée Trouville-sur-Mer.

Tout commence en 2000. Trouville-sur-Mer compte quelque 5 500 habitants en semaine et... 20 000 en fin de semaine, ce qui pose un problème de ramassage de déchets, surtout du verre utilisé par les restaurants. Un véhicule motorisé coûte cher. On suggère alors d’utiliser un cheval. L’affaire se fait et un percheron appelé Festival de mai commence bientôt à arpenter une ville qu’il va profondément transformer. Peu à peu, d’autres chevaux – et un âne – se joignent à lui. Ils tondent les gazons, amènent les enfants à l’école, aident au ramassage et transport divers. On découvre bien vite les avantages économiques et écologiques de ce recours aux chevaux, et on aura deviné son rôle dans la lutte contre la motorisation outrancière des villes.

Se joue aussi, sur un autre plan, une certaine manière d’occuper l’espace urbain qui engendre de nouveaux rapports humains. Le cheval se fait médiateur, crée des liens entre les personnes. Sa présence favorise « la bonne volonté des gens quant à l’environnement, renforce et favorise la démarche écocitoyenne ». Les gens ne parlaient pas au travailleur, mais voici qu’ils s’arrêtent désormais pour lui parler depuis qu’il a son cheval avec lui. Du côté des enfants, on aura deviné la joie du transport scolaire par cheval : « le cocher est obligé d’organiser une rotation pour qu’ils caressent les chevaux, afin de ne pas perdre de temps dans sa tournée. Chaque enfant a ainsi “son” tour. [...] Aucun autobus scolaire ne pourra jamais rivaliser avec ça! »

En effet!

L’expérience de Trouville-sur-Mer avait eu quelques précurseurs moins connus. Elle a vite eu des émules, au point où de grands groupes comme Sita et Suez s’intéressent à présent à ce qu’on appelle désormais l’hippomobilité urbaine. Ce livre, d’une jouissive lecture, pourrait donner des idées, d’autant, je l’ai appris dans ses pages, qu’on a développé ici des races de chevaux bien adaptées au climat québécois. 

Source: Revue Les libraires, n°89, juin-juillet-aout 2015, p. 33.