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Revue de presse

Des oies et notre vie sous surveillance

Normand Baillargeon | Les libraires

 

 

« Vous utilisez votre téléphone, vous payez un achat avec une carte de débit ou de crédit, vous utilisez Internet pour vous informer sur un produit ou un commerce, vous envoyez un courriel ou vous utilisez une application, peut-être justement celle qui permet d’identifier un oiseau : chaque fois, vous laissez des traces. Elles intéressent des gens, des organisations, des États.

Derrière tout cela, suggère Pierre Henrichon dans Big Data : Faut-il avoir peur de son nombre?, nous trouverons des tendances lourdes qui façonnent nos sociétés sur trois fronts : "automatisation des activités humaines, Big Data et néolibéralisme". Par là, poursuit-il, s’amenuise dangereusement l’espace politique, parfois même avec la complicité des pouvoirs; est érodée la pertinence économique et sociale du travail humain; est attaquée la société "comme lieu de mutualisation des activités, des projets et des risques".

Ce sont là des sujets importants, nous en conviendrons. Et la période de confinement que nous avons connue — avec la place qu’a pris le télétravail, la télé-éducation et les télédivertissements — a une résonance avec le propos de l’auteur, qui est d’une actualité plus grande que jamais.

L’ouvrage reconnaît que certaines des promesses de ce monde nouveau ont été tenues (libération du travail des tâches les plus harassantes, enrichissement collectif, allongement de l’espérance de vie…), mais il en rappelle aussi les graves périls : chômage, précarisation, isolement, atteintes à la vie privée, recul de la démocratie, souvent au profit de ces géants bien connus que sont Google, Amazon, Facebook, Alibaba et autres.

Pierre Henrichon présente d’abord la généalogie de ce nouveau monde à travers le (néo)libéralisme, la tendance à tout quantifier, la cybernétique et décline ensuite "les dangers potentiels que recèle la rencontre des techniques d’automatisation du travail, du Big Data et de la marchandisation du monde, but ultime du néolibéralisme".

Ce livre, qui s’appuie sur une abondante et très riche documentation, dévoile notamment bien des choses qui sont souvent, du moins dans le détail, inconnues ou peu connues. Vous y apprendrez, par exemple, comment ont évolué entre 2005 et 2017 les conditions contractuelles de Facebook et ce que sont à présent les données collectées par l’entreprise. "Ces ententes", constate-t-on, "sont toujours plus à l’avantage des acteurs de l’économie du Web au détriment du consommateur".

Vous apprendrez aussi ce que représente les capitalisations boursières de ces entreprises réunies sous le nom de GAFAM et à quel point elles trônent au sommet de ce palmarès.

Tout cela, qui converge vers d’inédits et dangereux pouvoirs de contrôle sur les humains et leurs institutions politiques, appelle une forte mobilisation citoyenne. Connaître et bien comprendre ce qui se passe — rien de moins qu’un  "basculement civilisationnel", selon l’auteur — en est la première condition, et le travail pédagogique qu’accomplit ce bel ouvrage est une précieuse contribution à cette éducation citoyenne qui permettra "de nous réapproprier notre avenir". »

 

Pour lire l'article original, cliquez ici


Big Data: faut-il avoir peur de son nombre?

Pierre Henrichon

Big Data: faut-il avoir peur de son nombre?

Cybernétique, dataveillance et néolibéralisme: des armes contre la société

Collection Régulière

Fiche du livre

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