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Revue de presse

La guerre de l'eau

Jacques Lanctôt | Le Journal de Montréal

« La guerre du pétrole existe depuis des décennies. Les cartels de l’or noir ont défait et refait de nombreux gouvernements. Le plus récent exemple est sûrement celui du Venezuela, qui a osé nationaliser sa principale ressource naturelle, le pétrole, pour redistribuer les dividendes ainsi obtenus aux populations dans le besoin, sous forme de services essentiels : santé, éducation, logements, etc. Les pétrolières ne lui ont pas pardonné cet affront et depuis ce temps, elles s’évertuent à mettre ce pays à genoux.

La guerre de l’eau est plus ancienne. De tout temps, on a essayé de dévier des sources et des cours d’eau pour des besoins d’irrigation, occasionnant des conflits et redessinant des frontières. Parce que l’eau a toujours été associée à tout ce qui est vie sur terre. Mais aujourd’hui, l’exploitation de cet or bleu a atteint des sommets inégalés. 

On sait qu’il existe, dans les cartons des multinationales de l’eau, des plans plus ou moins secrets pour pomper l’eau des Grands Lacs afin de l’acheminer vers les régions arides de notre voisin du Sud, ce qui occasionnerait une baisse dangereuse du débit d’eau du fleuve Saint-Laurent, ou pour dévier les glaciers de l’Arctique vers le Moyen-Orient. Mais à qui appartient l’eau ? se demande à juste titre Maude Barlow, militante de la première heure pour le droit à l’eau. Surtout qu’on a assisté, au cours des dernières décennies, à une vague de privatisations qui remet cette ressource essentielle entre les mains d’entreprises privées qui n’agissent surtout pas en fonction du bien commun. 

 

Communauté bleue

Devant tant d’insouciance et en l’absence d’une réglementation adéquate, force est de conclure que les réserves en eau potable sont menacées. « Le manque d’accès à la ressource [d’eau potable] touchera une personne sur deux d’ici 2050 », nous prévient Rébecca Pétrin, d’Eau Secours, en préface. C’est dans moins de 30 ans. Si rien n’est fait pour changer la situation, la liste des catastrophes ne peut que s’allonger. Aujourd’hui, 3,6 millions de personnes manquent d’eau pendant au moins un mois par année ; 2 milliards de personnes dans le monde boivent chaque jour de l’eau contaminée par des excréments, un demi-million en meurent par année ; la diarrhée causée par l’eau contaminée et l’absence de toilettes décentes tuent un enfant de moins de cinq ans toutes les deux minutes, etc. Pendant ce temps, Nestlé Waters se la coule douce, affichant des ventes annuelles de près de 8 milliards de dollars américains.

Pour freiner la marchandisation de l’eau potable, la militante Maude Barlow a donc mis sur pied le projet « Communauté bleue ». « L’objectif est d’inciter les municipalités et institutions publiques à se doter de remparts législatifs pour faire face au lobbying des entreprises privées. L’obtention de la certification “Communauté bleue” est rapide pour une institution publique n’ayant aucun lien d’affaire avec une entreprise privée dans la gestion de l’eau potable et l’assainissement des eaux usées. Les localités qui sont liées au secteur privé doivent quant à elles s’engager à réintégrer ces services au sein de l’administration publique. » L’accès à l’eau potable et au service d’assainissement des eaux usées fait d’ailleurs partie des droits fondamentaux reconnus par l’ONU depuis 2010.

 

Une simple marchandise

Au Québec, en partenariat avec Communauté bleue, l’organisme Eau Secours !, créé en 1997 et qui regroupe plusieurs organismes et personnalités de la province, participe à sa façon à ce projet. 

C’est ce combat de tous les instants que raconte, dans cet ouvrage captivant, la fondatrice de Communauté bleue. Elle rappelle que sa prise de conscience des menaces qui planaient sur notre patrimoine liquide remonte à l’époque où Bryan Mulroney est devenu premier ministre du Canada, en 1985. Dans le projet d’accord de libre-échange avec les États-Unis, « l’eau, y compris l’eau minérale, la glace et la neige » faisaient partie des biens pouvant être vendus. L’Angleterre de Margaret Tatcher avait privatisé les services publics d’eau quelques années auparavant. Et la Banque mondiale recommandait d’en faire autant « comme condition de financement aux pays pauvres du Sud ». L’eau n’était plus un bien commun, mais une marchandise comme une autre. »

 

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À qui appartient l'eau?

Maude Barlow

À qui appartient l'eau?

Faire barrage à la privatisation d'une ressource vitale

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