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Revue de presse

«Vaillancourt nous propose sa "méthode d’auto-défense intellectuelle"»

Florence Arié | Gone Hollywood

Hollywood, l’usine à rêves, est aussi une machine de guerre. Une guerre menée parfois sur le terrain de la franche propagande, mais plus souvent de façon insidieuse. C’est pour résister à cette sourde influence idéologique que Claude Vaillancourt nous propose sa « méthode d’auto-défense intellectuelle », sobrement intitulée Hollywood et la politique (éd. Écosociété, 2020), qui reparaît dans une édition augmentée, Trump oblige.

HOLLYWOOD ET LA POLITIQUE

Au départ, un constat : les conditions de production des films influent sur leur contenu idéologique, et les studios hollywoodiens sont avant tout des grandes entreprises capitalistes. L’auteur brosse donc leur histoire, depuis leur fondation dans les années 1910-1920. Passant par la crise qu’ils connurent après-guerre (l’irruption de la télévision), nous arrivons aux bouleversements structurels des années 1980 où, en pleine vague néolibérale, fusions et achats tous azimuts débouchent sur l’absorption des studios par des grands groupes dont le cinéma n’est plus l’activité principale. Nous en sommes toujours là, avec en prime de nouveaux modes de diffusion (Netflix and Co.) qui viennent perturber le paysage. C’est pourquoi Claude Vaillancourt se concentre sur les quatre décennies qui viennent de s’écouler, sans s’interdire quelques retours en arrière pour mesurer l’évolution des scénarios et des discours. Les grandes valeurs du cinéma hollywoodien sont l’individualisme incarné par le héros solitaire, la lutte du Bien contre le Mal, et bien sûr l’éternel rêve américain de réussite individuelle. Le tout, à l’opposé d’une représentation de la société où domine la lutte des classes. On objectera que nombre de films à sujets politiques au sens large semblent présenter des personnages en rupture par rapport à ces idéaux, et que bien des héros paraissent vouloir secouer le joug d’un système qui les écrase.

Des journalistes idéalistes aux petits cadres dégoûtés par leur vie trop tranquille, des petits actionnaires floués par la crise financière aux super-héros issus des minorités ou du sexe qu’on disait faible, la révolte gronde. Et pourtant… s’il ne s’agissait finalement que de belles histoires destinées à nous rassurer sur l’état de la démocratie et de la société américaines ? À quels artifices de scénario être attentifs pour démêler les œuvres véritablement subversives de celles qui finissent subtilement par nous ramener dans le droit chemin de la docilité ? Les fake news triomphantes ne rejaillissent-elles pas sur le statut des œuvres de fiction ? Dans le sillage du mouvement MeToo, les studios pourront-ils encore longtemps rester sourds au rejet de certaines dominations, ou se satisferont-ils, comme par le passé, de relayer des révoltes très limitées ? Claude Vaillancourt partage sûrement l’avis de Martin Scorsese, qui écrivait dans le New York Times en novembre dernier : « Quand le système des studios hollywoodiens était encore en pleine forme, il y avait une tension intense et constante entre les artistes et les gens qui tenaient les rênes du business, mais c’était une tension productive. […] Aujourd’hui, cette tension n’existe plus. » ( Propos recueillis par mail, en janvier 2020.)

Pour lire l'entrevue, cliquez ici. 


Hollywood et la politique

Claude Vaillancourt

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