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Revue de presse

Urbanisme : l’espace public au banc d’essai

Sibylle Vincendon | Libération

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dispositifs anti-SDF, disparition des WC, rues mal aménagées, insécurité des piétons… Deux livres réfléchissent à une autre manière d’appréhender et faire la ville, en prenant exemple sur ce qui se fait à travers le monde.

La rue est-elle condamnée à devenir un espace désagréable ? La multiplication des terrasses (payantes), la disparition des bancs (gratuits), la floraison des dispositifs anti-SDF et la création de nouvelles voies gaies comme des murs de prison amènent à répondre par l’affirmative. Pourtant, deux ouvrages publiés par hasard au même moment montrent que cette évolution n’est pas une fatalité.

La Vie dans l’espace public, comment l’étudier, a été écrit par les urbanistes danois Jan Gehl et Birgitte Svarre à l’intention des praticiens de l’aménagement. Le Manuel pour un espace public hospitalier est, lui, signé de l’urbaniste Chantal Deckmyn à l’intention des maires. La fondation Abbé-Pierre, qui l’a en partie financé et qui mène une campagne active contre les dispositifs anti-SDF, compte l’envoyer aux élus à l’approche des municipales. «Ce manuel n’est pas utopique parce qu’il ne tient pas le fatalisme ni le cynisme pour recevables», écrit Chantal Deckmyn. Et aussi parce que toutes les propositions qu’il contient «ont été réalisées quelque part».

Le point de départ, c’est nous, les humains, «l’animal bipède» selon le terme de Jan Gehl et Birgitte Svarre, qui est la mesure de tout, avec sa taille, ses sensations, sa vitesse de déplacement au pas, son angle de vision, ses capacités de perception et ses besoins d’animal social. Si les places et les rues sont immenses, si les courants d’air les rendent glaciales, si le mouvement ne s’y développe qu’à l’allure de l’automobile et s’il y règne le vacarme, les signalétiques foireuses et les publicités envahissantes, l’espace public est raté. Les choix politiques, quand ils privilégient la présence «des nantis et des bien habillés», comme les décrit Chantal Deckmyn, achèveront le tableau. Mais le pire n’est pas sûr et ces urbanistes-là construisent le discours d’une autre méthode. Dont on vous présente les principales pistes.

A la taille des humains

Marcher dans la rue sans peine et sans se casser la binette semble une évidence. Mais comme le rappellent Gehl et Svarre en citant l’urbaniste Clare Cooper Marcus, la plupart des aménagements semblent avoir été conçus «pour des utilisateurs en bonne santé, relativement jeunes et masculins». Capables de franchir les obstacles et les distances. Afin de rendre la déambulation plus aisée pour tout le monde, pour les femmes, les enfants, les personnes âgées ou handicapées, Chantal Deckmyn conseille de partir de «l’indicateur le plus sensible» que constituent les besoins des sans-abri, de ceux qui, «dans tous les aspects de leur vie, sont directement tributaires de l’espace public».

De leur côté, Gehl et Svarre font une éclairante démonstration : «Malgré le développement technologique et social, nous sommes encore des animaux bipèdes dont la taille moyenne est de 168 centimètres (hommes et femmes confondus) et à qui un champ de vision limité, essentiellement horizontal, ne permet pas de bien voir les choses de n’importe quelle distance et sous n’importe quel angle.» Peu d’aménageurs raisonnent sur ces bases et, du coup, «d’innombrables espaces publics sont conçus à une échelle beaucoup trop grande pour les possibilités de mouvement et les sens des gens». Exercice pratique : où se sent-on le mieux ? Dans une place italienne, en débouchant d’une petite rue avec le sentiment d’être entré dans un salon ou bien place des Quinconces à Bordeaux (12 hectares) ? En fait, partout dans le monde, même dans des villes de plusieurs millions d’habitants, les espaces qui donnent une impression de centre «ont une superficie étonnamment uniforme, soit 1 km×1 km», constatent les deux urbanistes danois. Pourquoi ? Parce que cette taille «correspond à une distance de marche acceptable». L’aménagement est aussi une affaire de biologie.

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La vie dans l'espace public

Jan Gehl, Birgitte Svarre

La vie dans l'espace public

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